Microbiote et santé globale

Certaines études récentes, s’inscrivant dans le cadre de l’axe scientifique prioritaire “Maladies de la connectivité cérébrale et maladies neurodégénératives” du plan stratégique 2019-2023 de l’Institut Pasteur, nous donnent de nouvelles pistes en psychothérapies.

Il est acquis que les produits dérivés du microbiote intestinal modulent les processus physiologiques tels que l’immunité, le métabolisme et les fonctions cérébrales de l’hôte.

Ces chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm et du CNRS ont découvert dans un modèle animal que des neurones de l’hypothalamus détectent directement les variations de l’activité bactérienne et ajustent l’appétit et la température corporelle en conséquence. Cette découverte suggère l’existence d’un dialogue direct entre le microbiote intestinal et le cerveau.

Les chercheurs ont étudié le récepteur NOD2, présent dans les cellules immunitaires, qui détecte des composés des parois bactériennes (muropeptides) considérés comme produits dérivés du microbiote. Le récepteur NOD2 est exprimé par des neurones, en particulier dans l’hypothalamus, et son activité électrique est réprimée en présence de muropeptides. Lorsque le récepteur NOD2 est défaillant, les neurones ne sont plus réprimés, entraînant une perte de contrôle sur la prise alimentaire et la température corporelle chez les souris.

Les souris présentent alors une propension à prendre du poids et à développer un diabète de type 2, en particulier chez les femelles âgées.

Cette étude révèle que ce sont les neurones qui perçoivent directement les muropeptides bactériens, contrairement à la tâche généralement attribuée aux cellules du système immunitaire.

Les résultats ouvrent la voie à de nouvelles approches thérapeutiques contre les troubles métaboliques, notamment le diabète et l’obésité, en ciblant le dialogue entre le microbiote intestinal et le cerveau.

Microbiote et santé psychique

Plus récemment, une autre étude, à la suite, met en évidence quant à elle, un autre lien étroit entre la composition du microbiote intestinal et les troubles dépressifs.

Les scientifiques ont constaté que le transfert de microbiote de souris stressées à des souris saines induit chez ces dernières des symptômes dépressifs tels que la diminution de la motivation, la perte du plaisir et l’apathie.
La communication directe entre le microbiote intestinal et le cerveau nécessite la présence du nerf vague, selon les conclusions de cette étude conjointement menée par l’Institut Pasteur, le CNRS et l’Inserm.

Cela agite l’intéressante question étiologique de nos états psychologiques. Entre la poule, l’oeuf et le poulailler, elle redimensionne les acteurs de la santé mentale et de l’accompagnement dans toute l’importance de leurs rôles respectifs, certains s’appuyant sur une approche systémique et environnementale, d’autres dans la promotions des choix et des actions pertinentes, et ceux qui interagissent sur la souffrance psychique et la phénoménologie.

Elle éclaire aussi d’une nouvelle lumière l’approche orientale qui considère la dépression comme une maladie du corps et qui centre l’intervention sur l’adaptation des habitudes et de l’environnement.

L'expérience inquiétante

Des expériences sur des souris ayant reçu le microbiote de souris stressées ont montré que la section chirurgicale du nerf vague (vagotomie) a protégé les sujets d’un état dépressif résultant de la dysbiose intestinale.

Les résultats suggèrent que la vagotomie pourrait être une piste thérapeutique alternative pour soulager la dépression chez les personnes ne répondant pas aux antidépresseurs.

Et de conclure que cette découverte ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques alternatives pour soulager la dépression chez les personnes ne répondant pas aux antidépresseurs. Certes, mais…

Quant à promouvoir l’intervention chirurgicale, la transplantation de microbiote fécal (FMT) est également étudiée pour le traitement de certaines conditions associées à la dysbiose intestinale et suscite moins de circonspection chez moi  😉.

Par chance, nous ne sommes pas des souris de laboratoire

Heureusement il existe d’autres moyens moins invasifs et définitifs qui apportent leur bénéfice dans la lutte contre la dysbiose intestinale :

  • Alimentation équilibrée : Adoptez une alimentation riche en fibres, en légumes et en fruits. Les fibres alimentaires favorisent la croissance des bonnes bactéries intestinales.
  • Probiotiques : Consommez des aliments probiotiques tels que le yaourt, le kéfir, la choucroute, les pickles, etc. Ces aliments contiennent des bactéries bénéfiques qui peuvent aider à rétablir l’équilibre de la flore intestinale.
  • Prébiotiques : Intégrez des aliments riches en prébiotiques, tels que l’ail, les oignons, les poireaux, les bananes, les asperges, etc. Les prébiotiques fournissent un environnement propice à la croissance des bonnes bactéries.
  • Éviter les antibiotiques inutiles : Prenez des antibiotiques uniquement sur prescription médicale et suivez les instructions du médecin. Les antibiotiques peuvent perturber l’équilibre de la flore intestinale.
  • Réduire le stress : Le stress peut avoir un impact négatif sur la santé intestinale. Pratiquez des techniques de gestion du stress telles que la méditation, le yoga ou la respiration profonde.
  • Hydratation : Buvez suffisamment d’eau pour maintenir une hydratation adéquate, ce qui est essentiel pour le bon fonctionnement de l’intestin.
  • Limitation des sucres et des aliments transformés : Réduisez la consommation de sucres ajoutés et d’aliments transformés, car ces éléments peuvent favoriser la croissance de bactéries indésirables.
  • Suppléments : Dans certains cas, des suppléments probiotiques peuvent être recommandés par un professionnel de la santé.
  • Exercice physique : Maintenez une activité physique régulière, car elle peut favoriser la santé intestinale en stimulant la motilité intestinale.
  • Consultation médicale : Si vous suspectez une dysbiose intestinale ou si les symptômes persistent, consultez un professionnel de la santé. Un médecin peut recommander des tests appropriés et des interventions spécifiques.
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