Hypnose, Perceptions et Sensations

Perception et sensations

Un vocabulaire simple mais précis pour décrire sensations, perceptions, “absences” et distorsions — avec des repères cliniques, et des pistes d’usage en hypnose (sans courir après le spectaculaire).

Frédéric HÉBERT - Psychologue à Caen-Mondeville

Lexique clinique · Hypnose · Expérience subjective

Lexique des perceptions et sensations

Un vocabulaire clair pour décrire les sensations, perceptions, “absences”, distorsions, douleurs, phénomènes dissociatifs et formes d’imagerie mentale. L’objectif n’est pas de poser une étiquette : il s’agit de mieux repérer ce qui est vécu, afin de pouvoir le tester, le moduler et le réintégrer dans un cadre thérapeutique.

1) Pourquoi un lexique ?

En séance, une phrase comme “je ne sens plus rien” peut recouvrir plusieurs réalités différentes : engourdissement, anesthésie, sidération, dissociation, difficulté à nommer l’émotion, ou stratégie de protection installée dans l’expérience corporelle.

Objectif : rendre l’expérience décrivable, donc observable, puis modulable. En hypnose et en thérapie brève, le mot juste sert surtout à mieux orienter l’attention.
Décrire

Où est-ce ressenti ? Comment ? Depuis quand ? Avec quelle intensité ?

Tester

Qu’est-ce qui augmente, diminue, déplace ou transforme l’expérience ?

Relier

À quoi ce réglage perceptif sert-il : alerte, protection, évitement, récupération ?

2) La boussole de base : d’où vient l’information ?

  • Extéroception : informations venant de l’extérieur : sons, lumière, contact, température, distance.
  • Intéroception : signaux internes : respiration, ventre, battements, gorge serrée, chaleur, fatigue.
  • Proprioception : position, équilibre, posture, mouvement, tensions, appuis.
  • Nociception : signal de menace corporelle associé à la douleur, modulé par l’attention, l’émotion et le contexte.

En hypnose, cette boussole aide à choisir l’entrée de travail : corporelle, visuelle, auditive, imaginaire, métaphorique ou motrice. Une personne n’a pas besoin d’être “très visuelle” pour travailler efficacement.

3) Lexique opérationnel

Terme Définition courte Exemple typique Repère clinique / usage en hypnose
Sensoriel
Paresthésie
Sensation anormale : picotements, fourmillements, brûlure légère, sans stimulus proportionné. “J’ai des fourmis dans la main.” À repérer précisément. Si le symptôme est nouveau, intense, asymétrique ou neurologique, l’avis médical prime.
Sensoriel
Hypoesthésie
Diminution de la sensibilité : toucher, température, douleur, pression. “Je sens, mais comme à travers un gant.” Peut être neurologique, dissociatif ou attentionnel. En séance : chercher le contexte, la fonction et la stabilité du phénomène.
Douleur
Analgésie
Diminution de la douleur sans disparition complète des autres sensations. “Je sens le contact, mais ça fait moins mal.” Phénomène classique dans l’hypnose orientée confort et douleur, sans remplacer un diagnostic médical.
Douleur
Allodynie
Douleur déclenchée par un stimulus normalement non douloureux. “Le tissu me brûle.” Ne pas minimiser. Travailler sécurité, prédictibilité, confort et baisse de menace perçue.
Douleur
Hyperalgésie
Réponse douloureuse amplifiée à une stimulation déjà douloureuse. “La douleur prend toute la place.” Utile pour distinguer intensité du signal, peur de la douleur, anticipation et focalisation attentionnelle.
Perceptif
Illusion
Interprétation erronée d’un stimulus réel. “J’ai cru voir quelqu’un, mais c’était un manteau.” Rappelle que le cerveau complète et anticipe. En thérapie : travailler la réinterprétation plutôt que “corriger de force”.
Perceptif
Hallucination
Perception sans stimulus correspondant. “J’entends une voix alors que personne ne parle.” Repère clinique à contextualiser avec prudence : fatigue, substances, traumatisme, psychiatrie, neurologie.
Dissociation
Dépersonnalisation
Impression d’être détaché de soi ou spectateur de soi-même. “Je me regarde agir.” Souvent associé à surcharge ou protection. En séance : stabiliser, revenir au présent corporel, éviter l’intensification trop rapide.
Dissociation
Déréalisation
Impression que l’environnement est étrange, irréel, lointain. “Tout est comme derrière une vitre.” Indicateur possible de sidération ou de débordement. Priorité : sécurité, orientation sensorielle, respiration, appuis.
Émotion
Alexithymie
Difficulté à identifier, différencier ou nommer les émotions. “Je sais que ça ne va pas, mais je ne sais pas ce que je ressens.” Ne pas forcer le récit émotionnel. Passer par corps, métaphores, intensité, direction, couleur, poids, distance.
Cognition
Rumination
Pensées répétitives, collantes, souvent orientées menace, culpabilité ou perte de contrôle. “Ça tourne en boucle.” Travailler le déplacement attentionnel, le recadrage, la temporalité et le retour à l’action minimale.
Imagerie
Aphantasie
Réduction ou absence d’imagerie visuelle volontaire. “Je pense à la scène, mais je ne la vois pas.” Adapter l’hypnose : sensations, mots, rythme, mouvement, concepts, souvenirs corporels.
Perceptif
Synesthésie
Association entre modalités sensorielles, par exemple sons-couleurs ou chiffres-couleurs. “Les chiffres ont une couleur.” Le plus souvent non pathologique. Intéressant pour comprendre la diversité des expériences subjectives.

Réflexe utile : après chaque mot, chercher le test — quand, où, combien, comment, depuis quand — puis la fonction : protéger, éviter, signaler, récupérer, maintenir une distance, reprendre du contrôle.

4) Imagerie mentale, VVIQ et aphantasie

La vivacité de l’imagerie varie beaucoup d’une personne à l’autre. Certaines personnes visualisent des scènes très précises ; d’autres pensent, se souviennent ou anticipent sans image mentale nette. Le VVIQ, proposé par David Marks, est un questionnaire classique permettant d’explorer la vivacité de l’imagerie visuelle.

En pratique : une personne peut entrer dans un travail hypnotique profond sans produire d’images visuelles. L’entrée peut être corporelle, sonore, verbale, métaphorique, kinesthésique ou simplement attentionnelle.

5) Percepture et agentivité : deux repères utiles

La perception n’est pas une simple réception passive. Elle dépend du corps, de l’attention, de l’histoire de la personne, de ses anticipations et du contexte. On peut parler, dans un sens clinique et pédagogique, de percepture pour désigner la manière dont l’expérience perceptive se structure.

L’agentivité désigne le sentiment d’être auteur de ses choix, de ses actions et, partiellement, de ses expériences internes. Beaucoup de souffrances s’accompagnent d’un vécu inverse : automatisme, intrusion, perte de contrôle, sidération.

Objectif thérapeutique : passer d’une expérience subie à une expérience plus habitable, modulable et appropriable.

6) Comment utiliser ce lexique en hypnose et en TNI

En hypnose clinique et en Thérapie Neuro-Intégrative, ce lexique sert à suivre la structure de l’expérience plutôt qu’à enfermer la personne dans une explication. Le praticien observe les variations : localisation, intensité, distance, mouvement, couleur, température, densité, rythme, direction.

Questions propres

  • “Quand vous dites engourdi, c’est moins de sensation ou une sensation différente ?”
  • “C’est localisé où, et est-ce que cela bouge ?”
  • “Si vous mettez un curseur de 0 à 10, il est où maintenant ?”
  • “Qu’est-ce qui change si c’est deux points de mieux ?”
  • “Qu’est-ce que cette réaction semble protéger ou éviter ?”

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Conclusion : mieux nommer pour mieux travailler

Un mot n’est utile que s’il aide à mieux observer l’expérience. En hypnose et en thérapie brève, décrire finement permet de travailler plus directement : moins d’interprétation, plus de repères concrets, plus de validation par l’expérience.

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Ce lexique s’inscrit dans un ensemble de pages consacrées à l’hypnose, à la Thérapie Neuro-Intégrative, à la phénoménologie clinique et aux mécanismes du changement.

Références et ressources