COACHING ET THÉRAPIE, Entre mythe et réalité

COACHING ET THÉRAPIE, Entre mythe et réalité

« Le voyage d’exploration ne consiste pas à rechercher des terres nouvelles mais à voir avec un regard neuf (Marcel Proust) »

AVANT-PROPOS

Avoir revisité ce travail de mémoire en 2015 fut une étape cruciale et impliquée.

Le lecteur qui aurait parcouru mon travail précédent y verra probablement de grands pans de texte à l’identique mais organisés de façon différente pour en modifier la portée (ou comment faire dire autre chose à de mêmes constats, connaissances).

Il notera également le changement de coloration émotionnelle. Évanouie la joie naïve de la chèvre qui se croit libre parce qu’elle vient de brouter, accrochée à un second piquet, sans réaliser que la chaîne n’est pas là pour être niée ou rongée mais bien pour la protéger des mésaventures qui ne manqueraient de se présenter sous ses sabots (sabotage ?) si elle folâtrait sans limites.

Cette première émotion, décrite en toute authenticité, comme un billet d’humeur joyeuse et de liberté, était la porte ouverte à un partage spontané, qui à la relecture, donnait une prose qui méritait de s’alléger vers des constats désormais plus simples, peut-être parce que plus prudents et marqués du sceau de plus d’expérience.

Exit donc Paddington (cf. mémoire précédent), avatar pratique qui s’autorisait à tout globaliser dans une exploration bonhomme en finissant de se convaincre que tout est égal à tout

Place à la circonspection, comme on n’apprendrait jamais mieux de ses erreurs… Plus qu’un droit, l’erreur est la voie royale pour donner corps, sens, émotions à une expérience, transformant les connaissances héritées, les mises en garde répétées, les règles apprises, les conseils avisés, les concepts assimilés en une réalité phénoménologiques intégrée et de premier plan, chargés d’indices de vigilances, reliées à des conduites pertinentes ou à éviter.

L’avantage est de construire une nouvelle unité de (appré-/compré-)hension immédiatement accessible d’une situation/réalité connue, s’imposant sans effort (sorte de trigger), l’obstacle à dépasser étant l’appréhension anxieuse de sa prochaine occurrence qui diminuerait l’expertise issue d’une nouvelle accommodation et majorerait les risques de répétition de la situation antérieure.

On peut lire déjà que ce travail sur les frontières entre thérapies et coaching n’est plus théorique ou rhétorique mais bien le cheminement d’un jeune praticien qui a déjà crotté ses chaussures dans la flaque, à trop être ébloui par les perspectives à l’horizon qu’il en néglige la réalité et les contraintes du terrain.

Et quant à parler de perspectives, cela m’impose de repositionner celle adoptée lors du premier écrit. Force est de constater que c’était celle d’un thérapeute et que la solution pour coacher n’est pas dans le choix de la méthode ou de la grille théorique mais dans l’identité et l’intention.

Autant dire qu’aujourd’hui, je n’ai pas encore réussi ce clivage professionnel, m’interdisant de coacher « professionnellement » c.-à-d. à titre payant. Mais je pressens qu’il me faudra me redéfinir avec un double métier, dans des cadres disjoints, une communication, posture, des cibles et segments différents, une organisation spécifique, ou bien accepter de n’être qu’un thérapeute aux compétences élargies mais en aucun cas un coach.

Mais arrêtons là ce qui ressemble à une conclusion avant l’introduction

INTRODUCTION

Circonscription du problème 

Merci de noter ici que Client désignera très souvent dans ce travail, indifféremment le Coaché ou le Patient, et non pas l’acheteur, d’autant plus que l’on n’utilise plus guère le terme de patient dans le cadre des thérapies brèves, la personne n’étant pas à considérer comme malade, ni comme quelqu’un à faire patienter !

Soulignons aussi que Coacher sera à comprendre comme ce qui nous a été enseigné par le Centre International du Coach. Il ne s’agit pas d’une profession de foi ou d’un serment d’allégeance, mais de parler de ce que je connais. Il est évident que j’ai croisé des professionnels s’identifiant comme coachs mais dont les pratiques professionnelles étaient plus proches du conférencier, du consultant-expert, du thérapeute, du formateur-animateur. Tous ont le droit de cité mais la question de la distinction avec la thérapie n’a plus d’intérêt dans ce cas, tant les pratiques d’accompagnement (et parfois même il ne s’agit même plus d’accompagnement) sont distinctes.

En revanche, les pratiques du CIC, mettant le sujet au centre du processus de transformation, avec un cadre de déontologie, un respect total de son l’écologie, et des résultats bénéfiques pour l’intéressé(e) offre une parenté évidente avec la démarche thérapeutique.

Pour comparer ce qui est comparable ou éviter de défoncer des portes ouvertes, (et surtout de parler de ce que je ne maitrise pas ou n’ai pas encore expérimenté) je vais centrer ma curiosité sur le coaching individuel et les thérapies brèves intégratives.

  • Une première partie alimentera notre réflexion avec quelques mots sur les points de vue des organisations qui les distinguent et des professionnels qui parfois les conjuguent
  • Puis nous aborderons les points de jonction des 2 métiers, le tronc commun théoriques, les distinctions qui parfois ne sont que terminologiques (ou pas !)
  • Je ferai un aller-retour sur ce que les pratiques peuvent s’apporter l’une à l’autre selon moi
  • Je soumettrai ensuite les caractéristiques qui distinguent selon moi le coaching d’une thérapie, les dangers de l’amalgame et les engagements que je me propose de prendre comme garde-fou de ma pratique naissante

Cette trame simplifié, volontairement succincte, à l’ébauche, marque un changement de posture que je présentais déjà lors du mon précédent écrit mais l’expérience et l’apprentissage par l’erreur sont venus plus rapidement qu’attendus pousser ma position.

1ère Partie
Le discours des pairs (et pères… spirituels)

J’avais initialement mis en perspective avec un œil dubitatif les points de vue et sagesses des « maîtres ». Ils me fournissent désormais, passée ma fougueuse crise de jeunesse professionnelle, de la matière devenue signifiante pour construire mon distinguo entre psychologue-thérapeute et coach pour retrouver la juste posture, désormais distincte et non plus fusionnelle.

Critères de distinctions établis à partir de l’analyse des pratiques

Voici 5 perspectives que désormais je revisite pour m’inspirer plus que pour redessiner ma zone de démarcation encore protoplasmique :

  • Un curseur sur un axe allant de la psychologie des profondeurs au développement managérial avec en son centre le développement personnel qu’encadrent la thérapie et le coaching aux frontières indécises.[1]
    • Le client et le (hors-)cadre pathologique (dans sa demande et dans son état de santé, de souffrance), le coaching étant plutôt à considérer comme la « Thérapies des bien-portants »
    • Les domaines : sphère professionnelle et le domaine de l’entreprise servent de sanctuaire au coaching.(Positions de la plupart des organismes de formations et fédérations participant à l’évolution disciplinaire dans son existence séparée, sa pertinence, et la définition de son domaine d’intervention).
    • Le coaching défini par la pratique du coach, indépendamment de ce qu’apporte le client (position particulière de l’ICF) : « Le coaching : c’est coacher et c’est coacher une personne et non un domaine ! ». Plus de guerre de territoire (domaine professionnel/personnel/intime) mais un seul critère à ne pas suivre une personne en coaching qui serait l’incompétence que se reconnait le coach face à cette personne. Plus, certains coachings réclameraient déontologiquement la collaboration d’experts dans une relation de triangulation (médecin, thérapeute, etc..).

En revanche, les identités personnelles et professionnelles affichées par les différents praticiens, lors de ma précédente revue, ne me sont plus d’aucun secours pour tracer mes frontières. Je rejoindrais volontiers ceux qui démarquent leur pratique de leur discipline : Le thérapeute qui propose un accompagnement pour le dépassement de la souffrance, la reconstruction de l’estime de soi et une maturation de la personnalité alors que le coach vise la mobilisation des ressources et l’application de comportements en vue de la réalisation d’un objectif spécifique. …etc.

Aussi, ceux qui affichent leur identité professionnelle par la démarcation ou la réunion des disciplines, ne font que m’informer des limites de leurs compétences, de leurs domaines d’implication, de leur marché-cible sans m’aider à situer mes limites. Au mieux nourrissent-ils une étude de marché et une analyse des segments ? Où vais-je être authentiquement impliqué, en adéquation avec mes valeurs ? Mais ils ne m’aident en rien à devenir ou rester Coach.

Je ne rejette pas la possibilité pour le professionnel compétent et expérimenté de croiser ses expertises pour mieux accompagner (spécialisations plurielles et complémentaires, voire propositions d’accompagnements « hybrides » : coaching thérapeutique, hypno-coaching, etc.), mais après un premier mouvement d’enthousiasme, je ne crois pas très écologique pour moi, pour l’instant de mélanger les genres.

Plus précisément, j’y pressens chez moi la « mort du coach » vampirisé par le thérapeute s’il ne s’astreint pas à consolider son identité en restant dans son « essence », le premier pouvant donner aisément plus de puissance et de vie au second, mais le coach-nouveau-né chez moi, cessera d’exister dans sa fragile prématurité, s’il s’aventure sur le chemin de la mixité dans sa pratique de coach (ceci n’étant valable que pour moi et pour ce moment, et non une malédiction jetée à tous ceux qui voudraient s’écarter du chemin de l’orthodoxie).

Loin de valoriser une approche au détriment d’une autre, ou de jeter l’opprobre sur ceux qui marient les genres de façon pertinente, sachant que les facteurs de changements (et d’efficacité) dans leurs pratiques d’accompagnement reposent sur une solide coopération dont les piliers sont la qualité du lien,  la confiance en Soi (pour le client) et en l’Autre (de part et d’autre) ; l’outil et l’approche disciplinaire ne rendant compte, sur cette étude longitudinale que d’une partie très minoritaire de la variance statistique dans l’atteinte des résultats, partie encore moins importante que l’effet placebo (l’espoir) ! [2].

2ème Partie
Ce que coaching et thérapie partagent en commun

La finalité du métier, psychothérapeute et coach est d’apporter des changements positifs et choisis par le client à l’aide de son mécanisme neuroscientifique essentiel : le feedback ! Celui qui s’impose à soi, qui est proposé, ou bien qui nous est offert, aussi bien en position de client/coaché qu’en position de praticien-coach. Les protocoles, méthodes outils ne sont, eux, que les cadres procéduraux et théoriques utilisés dans lesquels ces feedbacks vont pouvoir émerger, avec pour unique résultat : le changement des valeurs, croyances et des émotions afférentes, au sein d’une meilleure intégration et structuration, changement structurel tantôt immédiate et effective, tantôt conscientisé, programmé et en cours, dont l’expression la plus simple pourrait être notamment le fameux SMS, génial dans sa simplicité.

Un premier ensemble commun se dessine : le cadre, au sens large, incluant la trame, le contrat, la temporalité de l’accompagnement, l’objectif….

Un second ensemble est plus spécifiquement centré sur l’art et la méthode, le processus avec une interrogation plus marquée sur l’état particulier dans lequel se trouve le client au sein de cette bulle que savent créer le coach et le thérapeute.

LE CADRE

Comment comparer les cadres entre coaching et thérapies, tant les deux finissent par oser accompagner autrement, même si cela peut paraitre encore parfois « exotique » ? Nous pouvons lister une foultitude de variations dans les modalités d’accompagnement de chacune des professions, les déclinaisons et initiatives émanant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre et finissant par gagner l’ensemble dans une temporalité qui varie selon les cultures et avec les époques :

  • Individuel/équipe/organisation
  • Avec 1 professionnel ou plusieurs
  • Live/différé
  • Prescrit (par des tiers) / volontaire
  • Bref / dans la durée
  • Téléphonique / en face à face

Concernant la durée de l’accompagnement. J’ai pu lire un certain nombre de chose sur la durée du coaching (5 à 10 rdv) ou d’une thérapie brève de 6 mois à 2 voire 3 ans (dont parfois le total des RDV n’excèdent pas les 10 RDV). Le coaching s’exerce certes dans un espace-temps fini, prédéterminé et contractualisé. J’entends qu’il est rare qu’une psychothérapie fixe un objectif contractualisé. On saurait quand débute une thérapie, mais plus rarement quand elle se termine. Or les praticiens en thérapies brèves revendiquent aussi une efficacité en deçà de ce seuil des 10 séances. Il est même fréquent que des approches thérapeutiques se résument à 1 RDV (que les détracteurs qualifient parfois de thérapies du symptôme). De même, la pratique du coaching « bref » d’une à deux séances, pouvant suffire pour obtenir des résultats plus que satisfaisants, se développe. Cette approche de coaching rejoint le cadre de référence des « thérapies brèves » où la démarche met un accent immédiat sur la recherche et la mise en œuvre de solutions par le client.  Dans le cadre de cette approche pointue centrée sur des objectifs très précis, une seule session peut suffire, parfois accompagnée d’un rendez-vous de suivi ressemblant plutôt à un bilan.      
J’ai personnellement inauguré mon expérience en coaching avec une personne prête à démissionner, se présentant au bord de la dépression et dont le premier RDV et le travail intersession produisirent le fameux résultat « boule de neige ». Ce professionnel désormais bat, selon lui des records depuis plus de 6 mois, en ayant simplement tenu l’engagement de décrocher son téléphone, avec tout ce que cela impliqua par la suite en termes d’image personnelle et le fait de confronter puis d’assumer, pour le moins temporairement, un double choix professionnel et de vie antérieur.

Si le cadre se construit, il se referme également. Coach et thérapeute auront soin de clôturer, voire de célébrer l’accompagnement. Je garde en mémoire le témoignage récent d’une amie accompagnée par un collègue qui me faisait part de son émotion, voire de son émoi lors de l’annonce abrupte par sa thérapeute de la fin de sa thérapie

Ce que le coaching apporte au thérapeute pourrait être sur ce qui est posé d’emblée et contractualisé : l’accent explicite mis sur la responsabilité et l’engagement du client, souvent amené sur le fil en thérapie.

LE CONTRAT

Le contrat n’est pas l’apanage du coaching, même si sa formalisation apparait de plus en plus pour moi une nécessité dans le cadre du coaching (comme on apprendrait de ses erreurs). En effet, Chaque fois que je n’ai pas pris le temps ou estimé qu’il était pas indispensable à ce coaching, de rédiger un contrat écrit, la prestation d’accompagnement s’est immanquablement transformée en quelque chose d’autre, certes à l’évolution toujours positive pour le client mais au cheminement erratique., allant même dans le cas d’un premier coaching externe à un accompagnement plutôt thérapeutique (certes fort bénéfique) et dans un autre cas, à la création d’un espace de réflexion/introspection, une quête identitaire séance après séance, exempte de toute mise en actions, aux termes de laquelle, le coaché, ayant mis en conscience des schémas comportementaux se déciderait volontiers à poursuivre dans un prochain cadre, sur un réel coaching pour le coup. (et la responsabilité de n’avoir pas su tenir le cap de la mise en mouvement m’en revient entièrement, avec la conscience aigüe que l’économie de l’étape contractuelle que je n’ai su finaliser au sein d’un premier RDV long en est la cause)

Concernant la thérapie, si la formalisation écrite pourrait être plutôt source de suspicion chez le client, et si le thérapeute s’efforce plutôt de suivre les objectifs pluriels et leurs évolutions d’une séance à l’autre, il n’en demeure pas moins que l’alliance thérapeutique avec la prescription de tâches (engagement de faire « à vie » ou jusqu’à disparition du symptôme ou de la situation-problème) n’en constitue pas moins un contrat « sur l’honneur » des plus solides.         
Sans oublier que même pour les adeptes des thérapies « du symptôme », le fameux « Prétalk de cadrage » fixant les règles, et les explications de ce qui va se jouer dans la séquence a valeur de contrat.

LA CAISSE À OUTILS

Concernant les outils, qu’il s’agisse de l’École de Palo Alto, avec l’approche systémique ou celle de l’analyse transactionnelle, l’Hypnose Éricksonienne, l’approche orientée solutions, PNL, thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et, plus récemment l’EMDR, je m’aperçois que la question se pose davantage dans ce que je souhaite mettre en mouvement au travers des protocoles et méthodes plutôt que de savoir s’ils sont estampillés avec une origine contrôlée. Le contrat et l’objectif en déterminera leur usage dans un champ délimité.

Cette courte liste des outils utilisés en Thérapie Brève Cognitivo-Comportementale[3], hors protocoles spécifiques, marque leur parenté avec le coaching, même s’il s’agit davantage ici de partir de la situation-problème :

  • L’échelle du problème et la capacité à en contrôler quelque chose (si le sujet ne se positionne pas à zéro alors il lui faut bien admettre qu’il possède des capacités à minima)
  • La recherche des exceptions et des contre-exemples : Comment vous avez fait/réussi (quand le problème ne s’est pas produit ?)
  • La question miracle (et si plus de problème alors comment serait votre vie ? décrite en langage vidéo)
  • La connotation positive / feedback de valorisation (le « wahoouuu »)
  • L’autonomisation appuyée sur la théorie de l’Attachement (solide et sécure auprès de thérapeute) qui conduira au détachement après avoir pris connaissance et confiance dans ces compétences (passage d’un système à 2 vers un système à 1)
  • Virage à 180° (tirer au lieu de pousser, rechercher plutôt que d’éviter !)

LE CLIENT

Le client, ses attitudes conscientes ou non en début d’accompagnement, son engagement, (Visiteur/plaignant/client), sa posture face à la situation problème (Persécuteur/sauveur/victime) sont présents dans les deux cadres. Certes le cadre pathologique est à prendre en considération mais il apparait que le thérapeute, à moins d’une solide expérience et d’une spécialisation, n’entamera pas d’accompagnement non triangulé avec des personnalités borderline ou perverses sur lesquelles le coach se confrontera peut-être avec habileté dans le cadre de l’entreprise.

De même, des problématiques purement psychologiques affleureront immanquablement, issues des sphères personnelles ou intimes dans des coachings individuelles. J’ai même eu l’occasion d’accompagner une thématique qui ressortirait en premier abord d’une approche thérapeutique avec comme un coaching de performance, suivant mon intuition et avec un résultat des plus rapides et satisfaisants pour la personne. Question centrale de la Réparation ou de la performance !

Les identités en miroir : Certains pourront être séduits par l’éventail des casquettes du professionnel ? De par ma jeune expérience, d’autres encore iront chercher spécifiquement le Coach ou Thérapeute, plus pour une question identitaire (l’image personnelle, pour eux-mêmes ou pour autrui) ou une connaissance plus précise de l’une des deux approches (culture personnelle ou expériences antérieures, positives ou négatives) que pour la conscience de la pertinence des approches en fonction de leur situation respective.

Le client recherchant le thérapeute, admet sans difficulté une multiple spécialisation. En revanche, de façon générale, si le coaché peut également trouver de l’intérêt à avoir recours à un professionnel maitrisant des savoir-faire de thérapeute, il n’en demande pas moins un Coaching.

L’OBJECTIF

L’objectif ou la situation-problème (état présent) dans laquelle la personne se présente, clairement inscrits dans la vie intime d’un client, sont certes du ressort du thérapeute, une phobie névrotique également. Mais quid de l’appréhension de prendre la parole en public ? Concernant la demande du client je lis parfois des distinctions qui me laissent circonspect : Prendre une décision professionnelle, apprendre à déléguer, à mieux s’exprimer en public, améliorer son efficacité, résoudre des conflits au travail, seraient des objectifs de coaching tandis que développer son estime de soi, faire un deuil, soulager une phobie, une souffrance, mieux s’accepter, ressortiraient plutôt du versant thérapeutique.

J’avoue ne pas bien me reconnaitre, dans un tel clivage. Je conserve donc à une catégorie plus étroite le domaine privilégié du thérapeute : santé mentale paranoïa, de schizophrénie, de dépression sévère…), manifestations chroniques telles que les complexes d’infériorité, de supériorité, d’abandon, d’échec ou des comportements de dépendance (au jeu, à l’alcool, au sexe…) problématique psychosomatique… Il est également habilité à accompagner des personnes en souffrance psychologique et émotionnelle, en processus de deuil ou de pardon.

De plus, j’aimerais prendre un temps pour ne pas systématiquement associer le thérapeute au « PATHOS », il existe une thérapie du confort, une psychologie du bien-être ou de la performance, et là j’introduis quelque chose que je ne développerai pas, Le développement personnel !

LA DEROULEMENT DE LA SEANCE

Les deux trames/canevas structurant qui partent de la situation pour arriver vers la construction de solutions, fusionnent à merveille tant elles possèdent des points communs pour accompagner par étapes : Trame en 7 points du coach / 12 portes de la solution du Thérapeute

Si la focalisation sur la situation présente et la construction du futur déterminent l’orientation SOLUTION des deux pratiques, l’abord du passé n’en est pas exclu. L’anamnèse (fréquente en début d’accompagnement mais non systématique en thérapie) apporte une vision historique globalement des moments-clés et de leurs significations. L’analyse du contexte en coaching (les cycles du changement ou saisons, la spirale de Graves) ou le parcours de lignes historiques lors de protocoles, peuvent balayer de larges pans du passé (les chemins de vie de la PNL, les niveaux logiques, la recherche des talents, la recherche de contre-exemple dans la confrontation des croyances, les valeurs, etc.). Coachs et thérapeutes peuvent être amenés à exhumer une part d’histoire individuelle

LA COMMUNICATION

Coaching et thérapie (hypnothérapie ou autres thérapies) travaillent tous deux sur une communication particulière de la personne entre ce qu’il choisit consciemment, et les connexions positives qu’elle va rechercher pour les utiliser dans un objectif de son choix, clarifié en toute écologie, avec une mise en perspective du résultat. Rappelons ici que nos processus subconscients ne distinguent pas la différence entre l’imaginaire et le réel, d’une part et ignore la négation d’autre part. Seul notre esprit conscient fait cette distinction. Se projeter (de façon guidée par le thérapeute ou le coach) revient donc à mettre en énergie une « virtualité » et un champ des possibles que le sujet sait « imaginaire » mais aux mêmes capacités à monopoliser nos ressources que donnerait l’assurance de l’épreuve de réalité.

Dans le cas de blocage ou de freins, cela revient à imaginer visualiser/ Tester/constater puis valider plutôt que ressasser/préjuger, présumer et prévoir. Kevin FINEL identifie 3 freins principaux au changement : la peur (évitement), le manque d’informations, et le danger à atteindre le but (écologie)

François ROUTARD, dès 2001 parle de l’état de percepture[4] qui se distingue de celui de la perception ordinaire pour décrire cet autre mode de sensorialité où le sujet s’affranchit davantage de la raison, de l’intellect, de l’objectivité, et du contrôle pour visualiser (qui n’est pas voir) plus large, avec un plus grand degré de liberté

Pascal BARREAU[5], analysant les bases psychologiques du coaching professionnel autour de la relation d’aide en coaching, liste des éléments de l’art du langage commun au thérapeute et au coach pour un travail au niveau des processus de pensées :

  • Le questionnement
  • La reformulation-reflet
  • Le recadrage : de sens de présuppositions, de contexte, de setting
  • La clarification (séparation des faits, sentions, idées et opinions)
  • Elucidation-focusing
  • Confrontation

J’y ajouterai également le « Clean Language » en citant notamment Jennifer de GANDT[6] : « l’attention est ainsi dirigée vers le processus propre de la personne. Ceci permet au flux de la pensée de cheminer à partir du niveau où se passe habituellement la résolution de problèmes et la planification conscientes, jusqu’à ce niveau de cognition qui est hors de notre portée consciente, et où se passe la majeure partie de nos activités de pensée. »

Le coach et le thérapeute garantissent le suivi du processus, évitant à eux-mêmes mais aussi au client de se perdre dans l’histoire. Je me souviens d’un feed-back d’une coachée surprise et rassurée du « fil suivi par le coach  » alors qu’elle-même s’était perdue puis « senti ramenée » à plusieurs reprises…comme « guidée »… Ou comment ne pas confondre le « lâcher-prise » avec le « lâcher la rampe ».

Coachs et thérapeutes travaillent sur un changement d’attribution chez client allant de l’origine du problème à la responsabilité du changement. Et de valider le constat des résultats qui se fait très souvent a posteriori des changements eux-mêmes. … sans nécessairement prise de conscience du client ! Et de permettre au client de réécrire une nouvelle image de soi intégrant la prise en compte de ces nouvelles conduites adaptatives, faute de quoi, « A écouter l’histoire (ancienne), .ne la reproduit-on pas ? » (Comme le déclare, étonnée, une coachée externe cherchant validation extérieure, devenue instantanément inutile pour elle au moment où elle prend conscience qu’elle a déjà dépassé son objectif). D’ailleurs, à titre personnel, je me souviens d’une promesse vérifiée de la part d’un de mes formateurs en thérapie qui nous garantissait un « avant » et un « après » (parlant de transformations personnelles) à l’issue d’une formation de 15 jours, mais nous suggérait de prévenir et préparer notre entourage qui le constaterait bien avant nous !!!

3ème Partie
Ce que la Thérapie peut apporter au Coaching

LES PROCESSUS (Facilitation, influence?)

Je marque une distanciation de plus en plus forte avec ceux qui s’arrêtent sur le niveau d’intervention (processus conscients versus intrapsychique ou inconscients) pour distinguer le coach et le thérapeute. La pratique des protocoles m’amène aux constats que ces processus doivent être redéfinis en d’autres termes, celui de la communication entre notre CONSCIENT et notre SUBCONSCIENT (je mets donc à part pour le moment le concept d’INCONSCIENT) et vais clarifier mon propos pour mettre à mal un terme galvaudé, sujet à toutes les fascinations et les mythologies : Hypnose).

Pour Erickson : L’hypnose est un état de conscience dans lequel vous présentez à votre sujet une communication, avec une compréhension et des idées, pour lui permettre d’utiliser cette compréhension et ces idées à l’intérieur de son propre répertoire d’apprentissages.

Kevin FINEL, du centre de formation l’ARCHE, déclare lors d’une interview en ligne que notre conscient fonctionne avec des croyances et cherche à les valider (prophétie auto-réalisante) et est en quelque sorte superstitieux, notre inconscient ne l’est pas….

Les Elmaniens (autre école) présentent autrement le fonctionnement de l’appareil psychique et introduise la notion de FACTEUR CRITIQUE

Le FACTEUR CRITIQUE  peut se représenter comme une sorte de sas ayant essentiellement 3 fonctions : critiquer et rejeter, conserver dans une « salle d’attente » l’information pour une analyse ultérieure, engrammer l’information avec souvent un contexte, en limitant du coup une exploitation élargie utile à la créativité et la recherche de nouvelles solutions, de changements.

Le conscient est notre accès à la mémoire à court terme et à la fonction de trouver de façon quasi-automatique des liens logiques et des relations entre les informations qu’ils traitent, en découpant la réalité interne et externes en champs plutôt étroits (d’où le focus sur des domaines restreints et des points de vue orientés selon la perspective du moment). Son fonctionnement fait que, si le focus porte sur le problème, il tente d’expliquer le problème, alors que si l’on oriente le focus vers la solution, il l’a construit de façon aussi automatique. C’est une machine à analyser et expliquer (et tenterait même d’expliquer de façon logique pourquoi je viens de glisser sur une peau de banane… si si !!).

Le subconscient quant à lui correspond aux émotions et préconscient (mémoire à long terme). L’inconscient selon les elmaniens renvoie plutôt au physiologique.

L’hypnose est un contournement de ce facteur pour mettre en lien le conscient et le subconscient. Dans ce courant, il est nécessaire de contourner non pas le conscient mais la barrière qui ‘sépare’ et surtout protège le subconscient des différentes influences extérieures. Pour Elman, le FACTEUR CRITIQUE ne se développe qu’à partir de six ans. Avant l’enfant est dans un état de transe constant (Etat Hypnotique), ne permettant aucunement de différencier les informations et il assimile tout ce qui est proposé comme vrai, il est, comme en séance, en état d’Hyper réceptivité.

La première chose à faire donc est de contourner ce barrage pour que conscient et subconscient (l’inconscient n’étant concerné que pour un travail sur le corps) communiquent plus aisément, sans ce filtre qui nous coupe de nos ressources (émotions et souvenirs positifs) ou bien de nos croyances et valeurs limitantes. Pour se faire il y a différents processus simples :

  • Les inductions directives (« Dormez ! je le veux ») ou indirectes (Gestion des modes mentaux)
  • Les focus internes (souvenirs/ sensations/ émotion/ prise de conscience du corps).
  • L’imagination (par essence l’imaginaire n’oppose aucune résistance) « Faisons comme si… Et si… »
  • Les interruptions de pattern… (exploitation de « bugs » de notre cerveau).

Certains formateurs experts, maîtrisant les différentes formes d’hypnose et la PNL, nous disent que l’hypnose commence dès que l’on capte l’attention d’un sujet ! Sans rentrer plus avant dans la théorie, nous pouvons immédiatement faire quelques constats :

  • La création du lien, la synchronisation et la calibration correspondent déjà à une communication d’inconscient à inconscient avec le client.
  • De nombreuses techniques de PNL induisent un état hypnotique par le protocole plutôt que par une induction classique.
  • Il en va de même avec les outils comme les « niveaux logiques », le « photolangage », « les domaines de vie », et bien d’autres, la focalisation interne lors de l’approche des valeurs et croyances, , le trame elle-même avec notamment la visualisation de l’état désiré (ce que l’on veut à la place, ou ce que l’on veut atteindre).
  • Dans le coaching, notons le travail du subconscient dans cette visualisation de l’état désiré et de sa signification (émotion, valeur, etc.) avec l’importance de cette mise en conscience par le « Pour Quoi » qui répond de façon détournée au besoin de logique et de compréhension du conscient (« pourquoi »). Le processus associé à l’épreuve de réalité (premier pas) élimine les résistances après cette mise en mouvement !
  • La gestion des modes mentaux et la phase de réorientation (clignement des yeux, retour à l’ici et au maintenant) illustre bien l’état séparateur utilisé pour une reconnexion à un état de conscience qui associe de nouveau le Facteur Critique.

Ainsi, l’induction et la transe (du moins celle qui est « spectaculaire ») que beaucoup assimile à l’état hypnose et l’y réduise, ne sont que des éléments facultatifs dans le travail de connexion à nos émotions et notre mémoire.

4ème Partie
Ce que le Coaching peut apporter à la Thérapie

L’identification de l’objectif, qu’il s’agisse de Performance ou Mieux-être, partent toujours de l’état présent pour expliciter l’état désiré. Le coaching, avec son travail spécifiquement orienté sur ce qui est à atteindre pousse plus loin l’analyse de l’état présent/état désiré du thérapeute

La séance sera toujours construite autour de l’écoute, du questionnement, de la clarification, de la confrontation (avec un professionnel tantôt confrontant et interventionniste, tantôt rassurant et encourageant) pour accompagner (pour le client se libérer des peurs, freins, obstacles…)

Le coaching, focalisant exclusivement sur les Processus plutôt que sur le discours, offre un miroir encore plus fidèle à son client, un peu comme s’il faisait d’un outil pour d’autres, un art en soi pour eux, celui du REFLET, livrant au coaché :

  • ses habitudes comportementales ;
    • ses scénarios de réussite et d’échec ;
    • ses schémas de pensée et d’émotion ;
    • ses croyances auto-confirmantes ou autoréalisatrices;
    • son système de valeurs ;
    • ses motivations profondes, ses aspirations ;
    • ses mécanismes de défenses (intrapsychiques, sociaux) ;
    • ses figures rhétoriques et les styles cognitifs ;
    • etc.

Si l’on demande aux thérapeutes d’oublier un instant toute théorie « au chevet du patient » pour être davantage à l’écoute, cela est encore plus criant pour le coach qui ne peut, ni ne doit pas savoir, ni aller chercher ou interpréter, mais suivre en contribuant à donner une cadence de marche, et ne rien faire intensément pour redonner une intensité dans le laisser-faire du client.

La mise à distance des connaissances et croyances du coach sont également une source d’apprentissage inconscient pour le client, qui lui aussi mettra peu à peu à distance ce qui ne lui est plus utile pour avancer, se libèrera

Rais el-Aflak, cité par Idries Shah dans Sages d’Orient, de déclarer : « Presque tous ceux qui sont venus me voir se font d’étranges idées sur l’homme. La plus étrange est qu’ils croient ne pouvoir progresser que par amélioration. Ils me comprendront ceux qui voient que l’homme a tout autant besoin de dépouiller ce qui s’est surajouté et rigidifié afin que se révèle l’essence connaissante, que d’ajouter quoi que ce soit. La plupart pensent en termes d’inclusion : ils veulent s’inclure dans un système d’enseignements et de croyances, dans une organisation collective. Ceux qui sont réellement sages savent que l’Enseignement opère aussi par exclusion : exclusion des éléments qui rendent l’homme aveugle et sourd. »

Si la thérapie accompagne beaucoup en libérant ses clients des émotions non écologiques pour eux-mêmes, le coach allège son client des cognitions non-pertinentes, non-aidantes pour l’atteinte de son objectif.

Il s’agira ainsi de mettre en conscience Croyances, Valeurs, Identités (et le cortège d’émotions et sentiments associés : estime de soi, confiance, etc.) pour en revisiter si nécessité et accord du client leur pertinence, leur place et pondération, leurs organisations entre elles et dans la structuration globale qui harmonise l’ensemble au sein la personnalité du client.

Le coach saura passer de la trame au protocole pour faciliter les processus de changements, d’adaptation, de libération (compulsions : pattern, schéma, schèmes, scénario, etc.), d’équilibration en faisant appel à sa caisse à outils en étroite relation avec son domaine d’expertise, le choix des domaines d’interventions, le tout dans le respect du contrat.

Redonner au client une lecture sur lui-même et ses conduites (Analyse Transactionnelle ; Analyse Systémique ; Styles cognitifs, conatifs, de conduites ; test de personnalité (NEO PI, MBTI), orientations/compulsions des conduites (Ennéagramme) et autres grilles de classification caractérologiques, la passation du test étant parfois moins efficace que la mise en conscience des typologies afin que le client face vivre et évoluer sa propre image, sachant les processus évolutifs et adaptatifs[7].

Le professionnel donnera le cadre au client pour structurer son passage à l’action (plans, timings, moyens, …) et les outils donnés au coaché entre les séances pour favoriser les changements (sur lui, en communication, compétences relationnelles,.) via des exercices ou prescriptions de taches, ancrages, rituels, etc.

Le coach induira un processus d’autonomisation en passant d’une position basse à une position miroir

C’est aussi l’école de la délicatesse : le coaching insiste davantage sur le savoir-être qui confine au savoir-vivre du coach, qui pousse l’art de la position basse jusqu’à réduire le praticien à une présence intense mais quasi-évanescente, insaisissable et omniprésente, désincarnant le professionnel pour ne générer que le cadre du changement.

Le coaching, c’est mettre la partition du client en musique, en lui donnant force et volume, un peu comme on poncturait un discours, ajoutant les « … » pour faire émerger et expliciter, les « ! » pour donner rythme et muscles à sa production noétique focalisée sur l’objectif, les « ? » pour induire les changements de perspectives ou pour confronter.

5ème Partie
Ce qui distingue le Coaching d’une thérapie

Comme le souligne Jean-Yves Arrivé[8] dans une conférence lycéenne où il présente le métier de coach : « …plus que les outils, ce qui différencie coaching et thérapie ce sont les objectifs, la finalité et le cadre… »

La différence la plus flagrante que coacher n’est pas une thérapie se manifeste sans discours ni explication préalable : j’éprouve de l’appréhension à coacher. La finesse du processus se heurte à mon identité, m’interpelle dans mon style d’accompagnement plutôt provocateur, habitué à bousculer, certes avec bienveillance.

Avec un héritage professionnel d’un autre type d’accompagnement, centré sur le résultat et l’efficacité, il convient désormais de nettoyer les cendres d’une image que j’ai jetée au bucher : celle du sauveur ou du performeur. Le coach ne « soigne pas », il facilite un trajet et son organisation vers une destination choisi par son client

Le coach travaille sur des processus conscients ! Sans redire l’inverse de mon développement sur les processus inconscients toujours présents, et sur les inévitables changements en profondeur issus de tout rapport à l’autre de qualité, dans une relation qui peut être requalifiée d’hypnotique, il n’en demeure pas moins que l’on utilise la matière consciemment apportée par le client, au risque de ne pas prendre son objectif, et que susciter blocages et résistances en franchissant l’espace du zone de confort « élargie » qui est le périmètre du coach, pour glisser vers la zone d’inconfort pour le sujet. Cet inconfort l’est à deux niveaux : consciemment parce que l’on va chercher quelque chose de non-donné et non-contractualisé, et inconsciemment parce qu’il y a des raisons écologiques pour le sujet de maintenir des éléments en dehors d’une appréhension immédiate et consciente. Le thérapeute s’y aventure qu’avec le consentement de la personne, avec des techniques peut-être proches mais une approche particulière qui déborde du cadre du coaching. Transgresser ne revient pas à transformer le coaching en thérapie mais conduit plutôt le duo dans l’impasse et la mise à mal de la relation partenariale.

Ce constat éclaire d’un œil expert et distancié, perturbant et agitant ma recherche de structure et d’articulations dans l’accumulation des notes issues de mon questionnement. Il replace au centre le client/coaché dans la boucle métapositionnelle, avec la nécessité de trouve un angle de vue et une distance nécessaire pour éviter le focus sur la connaissance tout en considérant de façon critique mon intervention (je prends-je laisse – j’agis – je m’améliore) et en conservant une vision claire de la demande du client/coaché.

Mon expérience d’accompagnement lors de ma validation cet été a été à cet égard extrêmement instructive et éclairante. Prétendre lire entre les lignes, se convaincre de voir plus que ce qui est dit est immédiatement néfaste, pervertit la lecture, met à mal le rapport, suscite des tensions et distanciations, incompréhensions ou confusion, émotions non-aidantes, de part et d’autre du duo. Cela rompt la dynamique d’émergence et conduit à des boucles répétitives freinant ou bloquant le processus d’accompagnement. Ne pas prendre ce qui est posé de façon minimaliste par le coaché est déjà un jugement de l’objectif. Si le coach fournit le caddy, libre au coaché d’y déposer un grain de sable, ce dernier est peut-être justement ce qui grippe l’engrenage.

Il est fréquent d’entendre des psychothérapeutes parler d’enfumage, les voir prendre de la distance sur ce qui est déposé par le client dans les premières minutes d’un entretien. Une telle attitude chez le coach confinerait à la faute professionnelle et renvoie encore une fois à la posture adoptée par soi-même et « prêtée » à l’autre.

Plus, certains coachs renommés affirment ne pas avoir à travailler sur la résistance du client car le travail bien mené sur l’objectif ne laisse aucune prise à celle-ci pour peu que le déroulé et les pratiques restent pertinentes.

Le coach ne s’engagera qu’avec l’implication du client :

  • Avoir une demande motivée = pas de demande exprimée par la personne (ou par l’équipe), pas de coaching.
    • Fixer un contrat d’objectifs coach-coaché (ou triangulaire : coach-entreprise-coaché) = pas de contrat pas de coaching.
    • Fixer (au début du coaching) des indicateurs de résultats dans le temps = pas d’indicateur de résultat (ou/et de progression), pas de coaching.
    • Vivre le coaching dans l’action = pas d’action, pas de coaching.

Le passage nécessaire de la demande aux indicateurs de résultats et leur usage peut constituer une règle de différenciation entre coaching et psychothérapie.

Autre constat, le coaching est impliquant d’une autre façon pour le professionnel : la sensation paradoxale de fatigue alors qu’il s’agit en apparence de ne rien faire, est bien présente, alors qu’un accompagnement thérapeutique bien mené ne devrait pas puiser dans l’énergie du praticien. Ne rien faire qu’être intensément est plus consommateur de ressources que de déployer des savoir-faire et des savoir-être procéduralisés. Évidemment, je n’ai pas le recul nécessaire pour valider sur la durée un constat qui s’impose dans une phase d’apprentissage.

Force est de constater que le coaching est autre chose, puisqu’il produit des changements dans ma posture de thérapeute, donc le premier indicateur est une démarche d’apaisement.

Le psychothérapeute, certes bienveillant, dans le cadre de son code de déontologie, reçoit ou parfois croit recevoir une carte blanche sur le chemin à emprunter (avec évidemment le consentement renouvelé à chaque étape du client) pour atteindre les transformations souhaitées par le client sur lui-même.

Le psychothérapeute conseille, informe, rassure. Le coach accueille et reflète ce qui est exposé.

Le coach, selon moi, aujourd’hui, se doit de travailler avec une carte de coach (qui peut certes faire des emprunts à des disciplines connexes) et des outils et stratégies propres à sa profession, c’est-à-dire tous les outils utiles aux services de l’atteinte de l’objectif : c’est pour cela qu’il a été choisi. Sinon, le client avait tout loisir d’aller voir une autre catégorie de professionnelle. Comme on irait voir son barbier pour se faire faire la barbe, et non pour se faire relooker ! Leurs missions respectives de thérapeutes ou de coachs sont aussi différentes que « Résorber /Sortir de / changer » et «Entreprendre / Atteindre / Gagner en puissance». On imagine aisément le résultat d’un organisateur de cérémonie de mariage qui jouerait au conseiller conjugal.

Mon engagement

Mon engagement ici sera de me positionner dans une « coach-attitude ». En effet, si au cours des pages précédentes et suivantes, je laisse volontairement planer un flou artistique sur ma compréhension des frontières, parce que je les garde volontairement ouvertes, parce que la surveillance initiale dans mon travail précédent de cette ligne était pour moi anti-écologique, il n’en demeure pas moins qu’être coach, c’est aussi poser des actions, des améliorations, des SMS qui garantissent une perpétuelle remise en cause de la pratique, une optimisation permanente de ce que je fais à partir de là où j’en suis. Il apparait désormais que la non-surveillance ne doit pas être la négation de la frontière.

Il est également évident pour moi que ma posture de coach est en pleine émergence, construction fragile qui m’impose quelques SMS pour ne pas devenir l’éléphant dans le magasin de porcelaine :

L’identité :

  • La première façon de ne pas transgresser/glisser au-delà de son domaine est d’abord d’en laisser la responsabilité et le choix au client : cela passe par une identité séparée du coach. Il appartient au professionnel de ne présenter que le coach, de communiquer de façon différente, pour être vu et choisi pour cette pratique. Concrètement, cela implique une autre organisation, voire un autre cadre d’accueil, une autre visibilité en ligne. Je suis coach parce que je fais du coaching, et non coach plus quelque chose d’autre !
  • Avec le recul, je constate que de nombreuses difficultés initiales dans les processus d’accompagnement venaient de cette double identité confusante pour le client.
  • Responsabilité dont je dois prendre ma part et qui renvoie au point suivant : Proposer dans cette période de certification d’accompagner des personnes exprimant une difficulté en « version coaching » conduit à transformer en objectif quelque chose qui n’avait pas nécessairement cette qualité-là dans la représentation de l’intéressé(e).

L’intention :

  • Fondamentale car surdéterminant toutes les conduites et toutes les lectures ! Celle du coach est d’accompagner vers un objectif ! Les changements du côté du client appartiennent au client. De même que comme évoqué juste au-dessus, c’est au client d’avoir l’intention d’être coaché, et non au professionnel de qualifier et déterminer ce qu’il convient.

La phase d’accueil :

  • L’accueil…attention aux ratés…. 30 ou 3 secondes… encore plus rapide pour un coaching d’équipe (volontairement éludé de ce travail) :
    • Accueillir c’est présenter son identité, se choisir (ou pas)
    • Coacher, c’est une collaboration égalitaire, une coopération, une relation symétrique
    • Accueillir c’est présenter son code de déontologie et son éthique personnelle
    • Coacher, c’est savoir dire non, ou savoir proposer autre chose
    • Coacher, c’est savoir solliciter de façon contractualisée avec le client la collaboration d’un expert à côté du cadre de l’accompagnement
      (limite du coach)

La mise en vibration :

  •  La méta-position suggérée : « partageons le mot d’aujourd’hui et le mot de demain » avec pour finalité de créer la « bulle », l’état dans lequel le travail va pouvoir se dérouler

L’apprentissage des fondamentaux

  • Coacher, c’est maitriser la trame et s’approprier les protocoles qui nous parlent (et ne garder que le plus parlant). Bref, c’est aussi du boulot !

faire plus simple

  • Grilles de lecture à 5 euros : coacher, c’est faire avec ce que l’on comprend pour produire du résultat, c’est s’éloigner de la synthèse complexe pour se rapprocher de modèles opératoires peut-être réducteurs et incomplets mais opérants !
  • Coacher, c’est accepter la maitrise partielle d’une théorie du moment que l’on peut en exploiter un résultat (du savoir au savoir-faire, bref un bon technicien)
  • Ne pas analyser (en temps réel, en présentiel) pour écouter et entendre, accueillir et non comprendre. Accepter de ne pas savoir.

Accueillir les émotions

  • Coacher c’est être très au clair avec les émotions que l’on peut accueillir (les siennes et celles de l’autre) avec un focus particulier sur la peur (David LE FRANCOIS considère qu’en coaching, il n’y a que 2 émotions la Peur et l’Amour « le reste c’est de la littérature » dixit).

Nul doute qu’il y a un balancier de l’excellence, que les progrès fait par le thérapeute auront une conséquence positive sur la posture du coach et inversement. Mais Cela serait une erreur de logique que de confondre les intégrations de l’être avec l’indifférenciation des pratiques et missions

Deux pratiques, toutes deux centrées sur des changements écologiques pour la personne, l’une peut-être focalisée sur le sujet, l’autre sur l’objectif, l’une et l’autre source d’influence bienveillante, mais la première sur des changements personnels, l’autre sur des processus et des actions, un cadre large d’intervention pour l’un qui se redéfinit de séance en séance en fonction de l’avancement de la personne et de son degré de satisfaction, un cadre prévisionnel plus strict et objectivé mais négociable pour l’autre.

Conclusion

Comment conclure une démarche en cours, un travail en pleine évolution, partant d’une consigne et d’une structure perçu comme un devoir et qui peu à peu  est devenue autre chose ? d’abord réfléchi, avec le souci de dire ce qui est juste et vrai, en s’appuyant sur une prise d’information et une volonté de ne rien laisser de côté, de tout dire, de faire le tour d’une question… puis chemin faisant, le sentiment grandissant de tourner autour (du pot) et d’appeler au secours la métaphore et l’alter (Paddington) comme une façon de s’engager à moitié… avec le tiraillement que l’on éprouve lorsque le ressenti se dispute le terrain avec la logique dans une quête de vérité … puis comme on se rappellerait que les théorèmes sont basés sur une axiomatique, comme la physique s’est construite sur des postulats, Paddington, du fond de sa caverne se souvient d’une autre caverne, d’un autre mythe, et intuitionne que la vérité n’est pas inscrite sur les murs, ni sur les tableaux noirs, mais dépend de l’éclairage que l’on porte au chose, et décide d’avancer, sa torche à la papatte et de regarder avec curiosité ce que les flammes de sa curiosité itinérante lui apprennent. Après tout, le soleil lui-même n’apporte-t ’il pas autant d’ombre que de lumière, où le terrain conquis brillamment par l’une en concède autant à son sombre adversaire. Et de là une autre axiomatique :

  • La Curiosité comme outil de connexion en oubliant à l’issue d’une contractualisation, une identité dialectique pour gagner en souplesse…. Et Être plutôt que Savoir-Faire… Mais apprenant à ses dépens et pire, aux dépens du coaché, que son identité de Coach, si elle ne peut être dialectique, n’est est pas davantage fusionnelle avec celle du thérapeute. La curiosité du coach n’est pas celle du thérapeute, et la souplesse n’est pas égale à la facilité de manier plus d’outils.
    • Le non-jugement et la bienveillance ne sont peut-être pas des prérequis mais plutôt des produits d’autres fondamentaux (l’intention de bien éveiller et l’authenticité). Et bien éveiller n’est pas élargir la conscience du coaché sur son identité/personnalité mais sur ses fonctionnements dans le cheminement vers le but qu’il s’est fixé.
    • Les changements au niveau de l’accueil de mon émotion propre, et un gain de confiance mutuelle, modifie immédiatement la communication (mise en disponibilité, accueil de l’erreur, non jugement sur moi et les autres, posture, intégration de la personnalité et de la méthode), la vision sur la temporalité des choses… comme on passerait de l’urgence à l’attente et de l’attente à l’accueil

Et qui a dit que l’on ne peut coacher sur terrain fragile ? Et s’il n’est pas une thérapie, qui a dit que le coaching n’avait pas de vertus thérapeutiques ? La fragilité du client est-elle un critère ? Quid de cette fragilité, en ce cas, avec des approches comme la thérapie du rire et les thérapies provocatrices ou d’impact que l’on retrouve en psychiatrie lourde ? La fragilité en question n’est-elle pas, au final que celle du coach et des limites de ses compétences ?

Et si l’identité du coach, dans toute son authenticité et sa richesse, peut l’autoriser à élargir le cercle de ses compétences et de ses champs d’intervention, et d’œuvrer l’espace d’un moment sur des frontières qui s’étendent de façon concentrique, il lui appartient de se replacer constamment au centre d’une pratique de coach, limitée par contrat, dans le temps, le champ et la portée de l’intervention, orientée vers l’objectif, pour maintenir son plateau identitaire en équilibre. Et d’afficher son blason !

Quand le coach (je) essaie de contrôler les autres casquettes : quid de l’authenticité,  de sa personnalité… la réponse n’est pas dans la posture mais dans la facilitation. Un feed-back d’amélioration me l’a d’ailleurs rappelé dernièrement lors d’un coaching expert, où le coaché a clairement su me dire qu’il se sentait plutôt « à distance » avec ce coach qui pose des questions « coach », voulant une interactivité plus proche d’une relation naturelle. Aussitôt demandé, aussitôt fait, produisant un résultat intéressant : le coaching est parti en tout autre chose pour, au terme de 3 séances supplémentaires, aboutir à la clôture contractualisée avec un souhait de la part du coaché de repartir sur un prochain accompagnement… de type coaching, cette fois !

En conclusion, ce n’est pas parce qu’on s’est aussi faire ceci ou cela qu’on est coach, car le coach fait du coaching et ne prétend pas pouvoir faire aussi autre chose dans ce cadre.


[1] Patrice Sammut ; « Ce qui différencie le Coaching de la Psychothérapie »;
http://auriol.free.fr/psychanalyse/Coaching/difference-coaching-psychotherapie-051109.htm; consulté le samedi 09 mai 2015

[2] GROS-LOUIS Yves ;  « Sous le match nul entre les approches en psychothérapie : les facteurs communs » 

 (article publié dans Psychologie Québec, septembre 2003) ; http://www.psycho-solutions.qc.ca/06doc_articles_01fc.html, consulté le 10 janvier 2014

[3] Conférence « Journée d’étude » ; intervention de Marion Coramello, organisée par Aire-Psy, 15 juin 2014, à Paris

[4] ROUTARD  François Routard ; Aide-mémoire d’hypnose ; DUNOD, 2010

[5] Pascal Barreau ; Bases psychologiques du coaching professionnel : analyser et comprendre le coaching ; Elsevier Masson ; Avril 2011

[6] GANDT (de) Jennifer ; « Clean Language, Clean Space, Émergence Cognitive & Modélisation Symbolique » ; http://www.cleanlanguage.fr/7.html, consulté le lundi 04 mai 2015

[7] Comme le dit J.-A. Malarewicz, un processus serait plutôt une « procé-molle » pour le distinguer d’une procé-dure.

[8] JEAN-YVES ARRIVÉ est consultant en stratégies ressources humaines et coach. Psychologue et titulaire d’un 3e cycle ressources humaines, il est fondateur des cabinets Co’acting et Diacofor

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